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09/12/2010

Faut il revenir à l'accouchement à domicile?

La réponse de Roger Henrion, président de l'Académie nationale de médecine.

On assiste depuis quelques années à un retour en force de la pratique de l'accouchement volontaire à domicile, que l'on croyait révolue. Une enquête du Conseil national de l'Ordre des sages-femmes a révélé qu'en 2008 1 169 accouchements avaient été faits à domicile par des sages-femmes libérales et qu'environ 4.500 demandes n'avaient pu être satisfaites… contre 3 950 en 2007. Cette «mode» tient paradoxalement au rejet par certaines mères de la médicalisation de l'accouchement liée aux progrès réalisés tant dans la surveillance du fœtus et la possibilité de diriger le travail que dans les analgésies péridurales ou la réanimation du nouveau-né. Le choix d'accoucher dans le cocon familial va d'ailleurs de pair avec un reflux de l'analgésie péridurale. Pour certaines associations féminines particulièrement activistes, la femme doit pouvoir accoucher «comme elle veut et où elle veut».

Une étude américaine vient fort opportunément de rappeler ce que tout obstétricien ayant exercé dans les années 1950 savait d'expérience : l'accouchement à domicile comporte un risque incompressible pour la mère et l'enfant et peut se terminer dramatiquement. En effet, la mortalité des enfants, bien que rare, est multipliée par trois à domicile si l'enfant n'est pas mal formé. Encore cette étude ne tient-elle pas compte des réadmissions en service hospitalier et de l'état neurologique des nouveau-nés. Or, les décès d'enfants portent surtout sur la période de l'accouchement et des premiers jours et seraient dus à des détresses respiratoires et à des échecs de réanimation, révélateurs d'un moindre recours aux interventions obstétricales telles que la pose de forceps lorsque l'accouchement se passe à domicile.

Certes, on peut diminuer considérablement les risques en effectuant un tri soigneux des facteurs de risque dès le troisième mois et tout au long de la grossesse, y compris au cours du dernier mois. Ainsi, dans les pays où l'accouchement à domicile est courant, comme les Pays-Bas, on estime à plus de 60 % le nombre de femmes dirigées vers des services hospitaliers avant le terme. Mais des complications totalement imprévisibles peuvent apparaître au cours du travail et de l'expulsion. Ce peut être une anomalie des contractions utérines, associée ou non à une anomalie de la dilatation du col utérin, un retard à l'engagement de la tête de l'enfant dans le bassin maternel parce qu'il existe un léger rétrécissement passé inaperçu, une souffrance fœtale plus ou moins brutale, ou encore une anomalie de l'expulsion qui se prolonge abusivement, voire d'accidents plus rares mais souvent mortels pour l'enfant (procidence ou circulaire du cordon).


Maisons de naissances

À la naissance, le nouveau-né peut avoir besoin d'une réanimation ; après l'accouchement peut survenir chez la femme une hémorragie de la délivrance qui, une fois pour mille, est redoutable car très abondante. Certes, on peut imaginer transférer la mère en catastrophe, mais même aux Pays-Bas, où les distances sont courtes et les transferts très au point, on estime à 45 minutes le délai nécessaire entre le domicile et le centre hospitalier. Or, l'urgence en obstétrique se compte parfois en minutes, au risque certain de la mort ou du handicap. Les transferts en cours de travail sont d'ailleurs redoutés, le risque de décès de l'enfant étant alors estimé à 1%.

Ce n'est donc pas une lubie si les pouvoirs publics, en 1972, ont déconseillé les accouchements à domicile, ni un hasard si la mortalité périnatale qui était de 52 pour 1 000en 1952 est désormais inférieure à 7 pour 1.000, selon les mêmes critères. Ce n'est pas non plus une surprise si les assureurs refusent de couvrir le risque des accouchements à domicile ou imposent des primes prohibitives. Pour concilier l'exigence de confort et de sécurité, de nouvelles structures intermédiaires ont été mises en place à titre expérimental. Il s'agit des maisons de naissance, placées sous la responsabilité exclusive des sages-femmes et attenantes à un établissement de santé comportant un service d'obstétrique, mais sans possibilité d'hébergement. Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français préconise quant à lui le développement d'espaces de naissance physiologique au sein des maternités publiques.

par JL Nothias

Commentaires

le problème de l'accouchement à domicile c'est justement le manque de matériel en cas d'urgence

Écrit par : comparatif santé | 04/03/2011

J'ai accouché à domicile pour ma 2ème et je vais recommencer pour mon 3ème.
Niveau matériel, la sf ne vient qd même pas mains dans les poches .... bouteille d'oxygène, matériel d'intubation pour bébé, ce qu'il faut pour le début des hémorragies, matériel de perf et j'en passe...

C'est quand même un peu énnervant ce cliché de l'aad ... avec de tels articles, on a l'impression que les parents qui font ce choix mettent volontairement leur enfant en danger ...

Entre les statistiques de ma sf sur les épisio, transfert et compagnie et ceux rapporté au même niveau des cliniques du coin, mon choix est vite fait....


Quel dommage de lire tjrs les mêmes choses ... :(

Écrit par : noe | 10/09/2011

A la vérité, c'est que les gynécologues prêchent pour leur paroisse, et comme beaucoup de médecins de nos jours sont complètement cérébraux et incapables d'écouter l'instinct d'une mère.

Aujourd'hui tout est chronométré et les hôpitaux où on est sensé lutter contre la maladie, la mort, les pathologies, sont fréquentés par des gens qui ne sauraient même pas faire leur travail sans tous leurs colifichets visuellement tapageurs et agressivement sonores.

Ils ont peur du médico-légal quand du bon sens rendraient les gens (peut-on les appeler des patients ? alors que nous ne sommes plus que des numéros incapables de réflexions et de ressentis) plus à l'écoute du savoir des équipes...

Bref, quand tant de femmes n'iront plus SE FAIRE accoucher comme des veaux SE FONT conduire à l'abattoir, peut-être que les maternités pourront se débarrasser des effets iatrogènes et excessivement coûteux de tout ce folklore !

Quand une étude est aussi mal faite, qu'on ne s'étonne pas qu'elle favorise les ANA... Et bien que je ne suis pas pour, je comprends qu'on puisse risquer un pire hypothétique (m^me élevé) qu'un pire assuré (infantilisation extrême, technicité arrogante, etc.)

Quand cesserez-vous donc d'être à la botte de gynéco, prescriveur de pilule tout azimut, plutôt que d'être fière de votre métier et de reconnaître vos valeurs et compétences ? Le public est demandeur d'humanité, et n'est pas si bête que ça : un humain, c'est faillible. Le tout technique, par contre, n'a pas le droit à l'erreur. Lui.

Écrit par : pouyette | 14/11/2011

Il faudrait avantager les add! Trop de gens ne comprennent pas ce choix.
Je suis enceinte de 12 semaines,c'est mon deuxième enfant, et maigres mes recherches je ne,trouve pas de sage femme qui acceptent de faire un add!!
On devrait donner la possibilité à toutes le
s femmes de leur laisser choisir d'accoucher où elles veulent. C'est un choix personnel!
Je ne baisserai pas les bras et continuerai à chercher une sage femme qui accepte enfin de pratiquer un add.
Dans mon département qui,est l'Aude le choix est restreint, malheureusement. Cherchons dans les départements voisins...
Bref, j'admire les femmes et les sages femmes qui font ce choix

Écrit par : Cécile | 31/03/2014

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