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03/12/2010

Lancement controversé des maisons de naissance

MDN.jpgCes structures non médicalisées seront expérimentées d'ici à un an. Plébiscitées par les sages-femmes, elles suscitent en revanche les foudres des obstétriciens.

«C'est un souhait que l'on entend de plus en plus ces dernières années : certains parents veulent mettre leur enfant au monde dans un environnement moins médicalisé, de façon plus naturelle». Marie-Cécile Moulinier, secrétaire générale du Conseil de l'ordre des sages-femmes, se félicite : jeudi, les parlementaires ont réintroduit l'amendement de la loi sur le financement de la Sécurité sociale autorisant l'expérimentation des maisons de naissance. Proposé par Roselyne Bachelot, ex-ministre de la Santé, le projet venait d'être supprimé par les sénateurs. Et la polémique ne s'éteint pas.

Défendues par les sages-femmes, les maisons de naissance seront testées pendant sept ans à partir de septembre. Elles doivent permettre aux futures mères dont la grossesse est considérée «à bas risque» d'accoucher sous la seule supervision d'une sage-femme exerçant en libéral, dans une structure non-médicalisée, quoique située près d'une maternité. «Elles viennent à la maison de naissance quand le travail commence. L'accouchement a lieu naturellement : on ne leur administre pas de péridurale, elles n'ont pas de perfusion et elles restent dans une chambre ‘normale', pas un bloc. Elles peuvent repartir deux à trois heures après la naissance», explique Marie-Cécile Moulinier. Un modèle qui s'inspire de structures existant ailleurs en Europe, notamment en Belgique, en Allemagne ou au Royaume-Uni.

Une option sans risques ? «Les sages-femmes sont formées pour superviser un accouchement de A à Z et réanimer un bébé», souligne Marie-Cécile Moulinier. Toutefois, pour assurer une meilleure sécurité à la patiente, il est prévu que ces structures soient adossées à une maternité, pour permettre un transfert rapide en cas de complication.


1900 accouchements à domicile par an

Du côté du ministère de la Santé, on a aussi étudié l'impact financier de cette évolution, qui pourrait permettre d'économiser à terme 7 millions d'euros par an. Roselyne Bachelot affirmait en outre en octobre que cette démarche protégerait la population contre «les dérives sectaires» auxquelles sont exposées celles qui veulent sortir du circuit médical. Certaines sont en effet tentées de faire appel à des doulas, des accompagnatrices qui n'ont pas de formation professionnelle reconnue et dont l'action a été épinglée par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. Selon le ministère de la Santé, 1900 femmes accoucheraient chez elles en France chaque année.

La mesure est fortement critiquée par les gynécologues-obstétriciens, qui dénoncent une mesure allant «contre le progrès». «Nous sommes consternés», explique au figaro.fr le Dr Jean Marty, secrétaire général du Syndicat national des gynécologues obstétriciens de France. Pour lui, l'urgence n'est pas à ce genre d'expérimentation mais plus à résoudre la «crise» que connait le secteur de l'obstétrique. «La mortalité maternelle évitable en cas d'hémorragie en France est le double de celle enregistrée au Royaume-Uni. La mortalité néo-natale est de nouveau en train d'augmenter. Des professionnels arrêtent d'exercer du fait des difficultés à se faire assurer», énumère-t-il.


«Pas besoin de faire une loi»

Et de démonter les arguments mis en avant par les défenseurs des maisons de naissance. «La grossesse à bas risque, c'est quelque chose qu'on n'a jamais été capable de définir. On ne sait jamais comment ça va se terminer. Cette mesure va obliger des obstétriciens déjà malmenés à prendre en charge des catastrophes avancées», affirme-t-il. Si la profession «a entendu le rappel à l'ordre de la société, en attente d'une humanisation de l'accouchement», il estime qu'on aurait pu procéder différemment. «On pourrait envisager de créer une salle dans les hôpitaux où l'on privilégie un accouchement physiologique. Il n'était pas nécessaire de faire une loi pour cela».

Une vision nuancée par Bérengère Poletti, sage-femme et députée UMP, qui a défendu l'amendement. «Nous sommes dans un pays où culturellement, l'accouchement se fait en milieu médical», constate-t-elle. Ainsi, même si l'anesthésie sous forme de péridurale «n'est pas imposée», c'est devenu «presque automatique dans certaines maternités», déplore-t-elle.

Reste à régler la mise en œuvre pratique, encore floue. La demande est faible, reconnaît Bérengère Poletti. «Cela correspondra probablement au début à une poignée d'initiatives, à raison d'un ou deux lits chaque fois, installés par exemple au sein des locaux de la maternité. Seuls de petits travaux seront nécessaires, financés avec des enveloppes accordées aux hôpitaux pour des missions d'intérêt général». Jean Marty, lui, s'interroge : «Comment va-t-on se répartir la responsabilité ? Les problèmes d'assurances n'ont pas été réglés». Pauline Fréour

Commentaires

c'est un très bon projet je trouve :)

Écrit par : comparatif santé | 04/03/2011

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